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2019 : Septième année la plus sèche depuis 1958 selon Météo France

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Conséquence du manque de pluie et des fortes températures des dernières semaines, le Loir-et-Cher comme de nombreuses autres régions françaises souffre à nouveau d’une sécheresse record, et les agriculteurs s’inquiètent. Ce début d’été est marqué par une absence de précipitations, un grand soleil et de fortes chaleurs favorisant l’évapotranspiration des plantes. Deux épisodes caniculaires se sont déjà produits fin juin puis fin juillet. Le déficit hydrique intense et prolongé qui en résulte est défavorable aux cultures et pénalise l’ensemble de la profession agricole. Les nappes phréatiques, qui se sont insuffisamment rechargées cet hiver, sont à leurs plus bas niveaux.

L’Association pour la Gestion du Réseau d’Observations Météorologiques de Loir-et-Cher (AGROM 41) dispose de relevés climatiques complets depuis 2003 sur six sites du département sur lesquels sont installées des stations agro-météorologiques automatiques professionnelles. Les données de quatre d’entre elles sont présentées et commentées ci-après afin d’analyser les principales tendances de la climatologie du département : Noyers-sur-Cher, St-Léonard-en-Beauce, Thoré-la-Rochette, et Tour-en-Sologne.


Vous avez dit « sécheresse » ?

On distingue trois types de sécheresse : celle « météorologique » correspond à un déficit prolongé des précipitations, la sécheresse des sols dite « agricole » désigne un déficit en eau des sols lié au manque de précipitations conjugué à l’évapotranspiration des plantes, tandis que la « sécheresse hydrologique » se manifeste par un bas niveau des rivières, lacs et nappes phréatiques. Ces dernières se rechargent principalement en automne/hiver, entre septembre et mars.

Une pluviométrie déficitaire depuis plusieurs mois

Après un hiver et un printemps 2018 des plus arrosés, la sécheresse agricole s’est installée progressivement à la fin de l’été 2018 après des températures caniculaires et des pluies très insuffisantes.


Un automne chaud et ensoleillé, un hiver très doux, et des précipitations trop peu efficaces durant la période de recharge


L’automne 2018 a été chaud (+0,6°C à +0,9°C / normales 15 ans), relativement bien arrosé au Sud-Loire (150mm à Noyers-sur-Cher ; 200mm à Tour-en-Sologne), et même particulièrement pluvieux par rapport aux normales au Nord-Loire (+42mm à St-Léonard-en-Beauce ; +81mm à Thoré-la-Rochette) (Figure 1). Il a même été le plus pluvieux enregistré depuis 2003 à Thoré-la-Rochette (235mm). Paradoxalement, le rayonnement global enregistré par les pyranomètres des stations de St-Léonard-en-Beauce et de Tour-en-Sologne témoigne que cet automne a aussi été le plus ensoleillé depuis 2003 (+6 802 J/cm2 / normale en moyenne sur la période). Par voie de conséquence, l’évapotranspiration potentielle (ETP) du système Sol-Plante a été la plus élevée depuis 2003 sur cette période (+40mm à +50mm / normales). Les fortes précipitations de l’automne 2018 se sont donc révélées moins efficaces qu’escompté pour re-saturer les sols en eau (Figure 2). Les pluies efficaces (P-ETP) ont même été inférieures aux normales au Sud-Loire (-29mm à Tour-en-Sologne ; -53mm à Noyers-sur-Cher).

L’hiver 2018 qui a suivi a été particulièrement doux (+1,0°C à +1,3°C / normales), modérément pluvieux au Nord-Loire (148mm à St-Léonard-en-Beauce ; 164mm à Thoré-la-Rochette), et même peu pluvieux par rapport aux normales au Sud-Loire (-26mm à Tour-en-Sologne ; -49mm à Noyers-sur- Cher). Dans la continuité de l’automne, les fortes ETP (+6 mm à +21mm / normales) conjuguées aux températures supérieures à la normale ont continué de limiter la recharge des nappes phréatiques par des précipitations insuffisantes pour rétablir la situation critique héritée de 2018 au Nord-Loire, et même déficitaires pour la période au sud-Loire. Sur cette période, les pluies efficaces ont été inférieures aux normales sur l’ensemble du département.

 

Les précipitations du printemps n’ont pas permis d’améliorer la situation

Le printemps 2018 a été frais (-0,6°C à -0,8°C / normales) mais aussi :
- modérément pluvieux à St-Léonard-en-Beauce (176mm) où le déficit hydrique a été légèrement moindre qu’à l’accoutumée pour cette période (-14mm /normale),
- peu pluvieux à Tour-en-Sologne et à Noyers-sur-Cher (respectivement -16mm et -23mm / normales) où un déficit hydrique « normal » a été observé,
- très peu pluvieux à Thoré-la-Rochette (-53mm / normale) où un déficit hydrique supérieur à la normale a été observé (+36mm, correspondant à un peu plus d’un tour d’eau).

 

Des sols asséchés par un début d’été remarquablement chaud, aride, et ensoleillé, et une situation aggravée par deux épisodes caniculaires mémorables


Nous vivons en ce moment le début d’été le plus chaud (+2,9°C à +3,2°C / normales) et le plus sec depuis 2003, induisant le plus important stress hydrique enregistré à ce jour par les stations météorologiques du réseau AGROM 41, équivalent déjà à environ 3 tours d’eau supplémentaires d’irrigation de 30 mm par rapport aux normales de saison.

En ce qui concerne l’état des sols, du 25 au 30 juin, la France, comme une grande partie de l'Europe, a connu un épisode de canicule exceptionnel par sa précocité et son intensité. Les températures très élevées associées à la faible pluviométrie ont contribué à un assèchement remarquable des sols, aggravé plus encore par le nouvel épisode caniculaire survenu du 23 au 25 juillet (NB : record de chaleur depuis 2003 de 41,9°C enregistré par AGROM 41 le 25/07/2019 à Tour-en-Sologne). Cette sécheresse des sols persiste sur l’ensemble du département.

Cette sécheresse dite "agricole" ne constitue qu'une composante de la situation hydrologique globale. Les autres composantes de la sécheresse comme le débit des rivières ou le niveau des eaux souterraines sont suivies par les services de l’Etat.

 

Conclusion : Impacts du changement climatique sur les phénomènes hydrométéorologiques


Cette nouvelle sécheresse historique met en exergue la sensibilité de nos systèmes aux extrêmes hydrologiques et à la disponibilité de la ressource en eau. Le changement climatique, du fait de l'augmentation de l'évaporation liée à la hausse des températures, renforce l'intensité et la durée des sécheresses des sols.

De surcroît, les conséquences sur les plantes du manque de précipitations sont accentuées par les conditions ambiantes particulièrement asséchantes du début de l’été 2019 (rayonnement global et températures anormalement élevés). Il va donc sans dire que la compensation annuelle couramment observée à l’échelle d’une année pour la pluviométrie est attendue avec impatience par l’ensemble de la profession agricole de Loir-et-Cher.